Trail: Jean-Pierre Lüthi, un homme hors du commun

Il connaît tout du trail. Ses passions: la montagne, le partage, l’amitié, la découverte, l’aventure. Jean-Pierre Lüthi, un homme exceptionnel à découvrir sans modération. Interview.

Jean-Pierre, comment es-tu tombé dans le chaudron du trail ?
« Tout naturellement après avoir écumé les courses à pied en montagne pendant des années. Avant l’avènement du Trail, peu de courses longue distance étaient proposées chez nous sauf Le Super Marathon des Dents-du-Midi, le Défi des Muverans ou le Swiss Alpine Marathon auxquels j’ai pu participer à de nombreuses reprises. J’ai donc débuté sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 2004 et j’ai eu la chance de pouvoir vivre un truc de dingues sur une distance encore peu commune. Ce fut le début d’une histoire d’amour qui n’est pas encore terminée ».

Combien de départs as-tu pris sur la PTL (Petite Trotte à Léon) et quels sont tes meilleurs souvenirs ?
« Je me suis lancé sur la PTL dès sa création en 2008 et à l’exception de 2 infidélités en 2011 et 2012 (Tor des Géants), j’y ai pris le départ à 10 reprises sur 12 éditions, pour en boucler 7. J’ai en effet dû m’arrêter en 2010 sur blessure, puis en 2014 et 2019 suite à l’arrêt de mes équipiers (accident et maladie). Choses qui font partie du jeu et dont il faut toujours être conscient. Les souvenirs sont très nombreux et à chaque fois magnifiques car chaque participation est différente, tout comme les parcours. Cela en fait une épreuve unique en son genre, le but étant de terminer car il n’y a pas de classement et l’esprit y est très familial et solidaire. Je citerai toutefois le Grand Raid de La Réunion, Le Grand Raid des Pyrénées, La Ronda del Cims, La Transalpine-Run parmi tant d’autres comme m’ayant laissé des souvenirs assez fantastiques ».

Qu’est-ce qui te motive à partir si souvent en montagne ?
« Je suis un amoureux des grands espaces et de cette merveilleuse nature qui nous offre un tel terrain de jeu et de découvertes. J’ai la chance d’habiter en montagne et donc de pouvoir chausser mes baskets ou skis de rando et d’être immédiatement au grand air, par chez moi mais aussi en Valais, au Val d’Aoste et en Haute-Savoie voisine pour découvrir des endroits magiques et rencontrer ou retrouver des personnes merveilleuses ».

Tu t’engages comme nul autre en tant que bénévole sur des manifestations sportives et surtour sur des trails. Ces engagements représentent combien de week-end par année et quelles sont tes motivations ?
« Tout comme de nombreux autres bénévoles, je ne fais que donner un coup de main à des amis organisateurs qui proviennent aussi du monde de la course à pied en nature et en montagne. C’est toujours un plaisir que de contribuer, même modestement, au succès d’une manifestation. Sans l’apport des bénévoles, il serait très difficile voire impossible d’organiser ces manifestations. Vu le nombre toujours plus élevé de compétitions organisées, les bénévoles sont de plus en plus sollicités et il devient donc difficile d’en trouver suffisamment. Ayant moi-même participé à d’innombrables épreuves en tous genres depuis plus de 30 ans, passer de l’autre côté de la barrière et rendre un peu de ce que j’ai reçu m’a paru évident. De plus, il règne une excellente ambiance entre les organisateurs et les bénévoles. Cela me permet aussi d’être dans la nature pour baliser un parcours ou fermer une course. La plus grande satisfaction étant le sourire des participants et un simple merci confirmant que nous avons effectué un bon job pour eux et les organisateurs qui œuvrent aussi en tant que bénévoles. Je participe à environ 15-20 manifestations sur 1 année…. ».

Comment apprécies-tu l’évolution du trail et des endurances trails dans nos contrées ?
« De nouvelles épreuves voient le jour en Suisse dans un calendrier toujours plus serré et cela est positif car cela permet à chacun d’y trouver chaussure à son pied. Les grandes manifestations à l’étranger sont très prisées et il suffit de voir la vitesse à laquelle les dossards sont attribués pour se rendre compte du succès phénoménal de ce type d’épreuves. Est-ce un effet de mode ? La concurrence entre organisateurs est saine car chacun peut s’y retrouver sans basculer dans le gigantisme et l’envolée des frais d’inscription qui eux aussi ont pris l’ascenseur tout comme le nombre de dossards disponibles. Attention à ne pas en faire un sport élitiste, le but étant de pérenniser ces épreuves. Les petites courses de montagne au pelotons moins fournis sont un tremplin idéal pour apprendre à courir en montagne, sur des distances plus courtes et dans un esprit très convivial. Il ne faut pas les oublier malgré l’engouement du trail et de ses aspects très médiatiques que l’on doit en grande partie à de magnifiques athlètes tels que Kilian Jornet, François D’Haenne, Xavier Thévenard etc…Les grandes marques d’équipements l’ont bien compris et leur business en matière est  en plein essor ».

En deux mots, comment te décris-tu ?
« Amoureux de la nature et aimant rencontrer les autres et partager en toute simplicité et convivialité ».

Quel est ton rêve le plus fou en montagne ?
« Découvrir le Népal un jour ».

Propos recueillis par Bernard Mayencourt
05/11/2019